Search

French Renaissance Paleography

 

You are here

Vers d'amour

Description: 

Nevers?,[1] ca. 1550
Jehan Marion, Vers d’amour
Chicago, Newberry Library, VAULT Case MS 5026

 

Partial Transcription: 

[Fol. 36v] Rondeaul

Au temps present, si tu veulx acquerir
L’amour des des [sic] dames, il te convient noter
Que tout premier en leurs mains fault bouter
Force monnoye pour cela conquerir.

Si tu n’en as, fault qu’en alles querir,
Ou ne pourras en ce degré monter,
Au temps present.

Mais s’ung aultre l’en va ung peu requerir
Qui monnoye incontinant compter
Commancera, certes sans point douter,
Vous luy verrez son amour acquerir,
Au temps present. ||

[Fol. 37r]
Unzain dont les lettres capi-|talles portent le nom | de l’autheur

Je vous envoye, ma souveraine dame 
(En vous priant le vouloir recepvoir),
Helas, ung cueur tout consommé en flamme. 
A vous ayant mis tout le sien vouloir,
Ne veullez donc icelluy desprouvoir,
Mais luy donner tousjours bonne esperance. 
A vous servir employra sa puissance.
Regardez donc comme y voulez prouveoir,
Ie vous supplie, car suis en grand souffrance.
Ou aultrement, ainsi qu’on pourra veoir,
Ne feray faulte morir de deplaisance. ||

[Fol. 78v]
Aultre lettre

À tout jamais heureux me sentiray
Puisque t’amour maintenant acquis j’ay,
J’en rends graces aux deesses et dieux,
Car ils ne m’eussent oncques sceu donner mieulx.
Quant à ma part, certes t’asseureray
Que où pour toy quelque chose pourray,
Je le feray pour vray certainement.

Des nouvelles, depuis ton partement,
Je n’en sçay point qui meritent t’escripre,
Fors seullement que je te veulx bien dire
Qu’il ne fault point qu’aultre part tu te range,
Car pour certain t’est preparée la grange,
Laquelle a depuis ton partement
Faict maintz souspirs et maint gemissement.

[Fol. 79r]
Je pense aussi que quant à toy tu as
Jecté maint larme et qu’au partir ploras.
Il n’est possible, pour le te dire en somme,
Que quant on voit esloigner la personne
De cil qu’on ayme d’une amour vehemente,
À tout le moins que le cueur ne lamente
Et pense au vray que ne perdras ta peine,
Car bien fort t’ayme, c’est chose bien certaine.  
À ceste cause, ne faulx incontinant
De me mander, par le premier venant
De pardeça, amplement des nouvelles.
Et cependant, en attendant icelles,
De bon du cueur le Createur je prie
Qu’il te donne santé et bonne vie. ||

Printed text: Jean Marion, Rondeaulx et vers d’amour, ed. Prosper Blanchemain (Paris: Léon Willem, 1873; repr. Slatkine, 1969), 16, 61-2.


1  Administrative capital of the Nièvre département in Burgundy.